Deux

Des étapes se répètent : comme ta soeur quelques mois auparavant, tu commences à te lever, t’agripper partout, farfouiller dans les bacs à jouets, tomber, peu à peu te gainer et réussir à te rattrapper. Je suis émue, heureuse de te voir grandir et t’épanouir, faire seule, gagner en autonomie et en même temps commencer à faire de moi plus qu’un simple humain dont on dépend, celle qui sera là pour te guider, te rassurer. Le regard que tu poses sur moi change, je sens ta confiance et ton identité s’affirmer, me laissant encore une fois tellement ébahie et étonnée… Alors je tente d’assurer le sol glissant autour de toi, de te rattrapper au vol, du bout des doigts. Juste assez, juste ce qu’il faut pour que tu ne le perçoive pas.

Et je repense à cette idée qui me traverse souvent l’esprit, comment savoir que sa famille est au complet? Comment savoir qu’une certaine étape de vie est finie? Comment savoir entre ces émotions si contradictoires, celles qui guideront nos choix à venir? Comment savoir si l’on est prête à dire adieu à tous ces gestes connus, répétés mille fois? Comment savoir si ces moments vécus sont les derniers? Suis-je capable d’accepter que je n’aurai plus jamais le ventre gonflé, plus jamais de bébé?

On ne peut jamais dire jamais, ni imaginer les orientations et les méandres qu’emprunteront nos vies. Mais si je réfléchis à ce que je ressens aujourd’hui, ce que je ressens depuis que tu es née, c’est que désormais, j’ai envie de vous aider à avancer. Ne plus passer par ces angoisses, la grossesse, l’accouchement, l’épuisement, les veilles et douleurs nocturnes, les maladies sans fin… Je veux pouvoir vous offrir du temps, vous accompagner dans vos découvertes, vos lectures, vos sorties. Voyager avec vous, et peut-être aussi sans vous, à nouveau. Il est vrai que l’amour grandit, le coeur fait place au dernier né comme on aurait pas osé l’imaginer. Mais pas la disponibilité. Alors pourquoi prendre le risque de mettre en péril un équilibre déjà si précaire, alors que la vie nous a déjà offert la chance merveilleuse de vous avoir toutes les deux? Comment partager ces 24h à nouveau, alors que le temps m’est déjà si cher, et millimétriquement compté? Je peine à vous donner le maximum de ce que je voudrais, tandis que notre couple, si fort et soudé malgré les difficultés, est avide de liberté. Moi au milieu de tout ça, je n’existe presque pas.

Deux enfants, je pense que c’est ce dont je suis capable. Avec mes ressources, mes défauts, mes faiblesses. Et je l’espère aussi quelques qualités. Certaines mères parviennent à mener de front carrière, famille nombreuse, vie amoureuse, je les admire pour cette force dont je me sens incapable. Je dois me fier à mon ressenti, mes possibilités ne sont pas infinies. Reconnaître ses propres limites, c’est déjà grandir un peu. J’ose même peut-être y voir l’un de mes premiers pas dans une vie adulte.

Je vous regarde. Deux. Heureuses, avides, curieuses. Deux. C’est déjà beaucoup. Pour moi, c’est déjà tout.

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