L’ enfant que j’étais {TAG}

Dans la longue, longue, longue série de « Tags » que l’on voit défiler sur les réseaux sociaux, Marie, rédactrice du blog Picou Bulle, nous propose un challenge d’écriture : écrire à propos de l’enfant que nous étions. Si l’idée vous plait, je vous invite à aller lire cet article et, pourquoi pas, à participer, vous aussi à votre manière.

Pour répondre à ce défi, j’ai décidé de laisser la parole à celle que j’étais, un soir d’automne pluvieux, en banlieue parisienne dans les années 80. Aller savoir pourquoi, certains moments pourtant anodins restent enfouis en notre mémoire, et cette promenade sous le ciel gris, ma petite main trop serrée dans la sienne, le flot incessant des voitures le long de la nationale, les pensées étranges qui m’étais venues ce soir là, m’ont suivie des années. Pour reprendre vie ici. Merci Marie ! 😉

L’enfant que j’étais

 

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Il fait froid. Et puis j’ai pas envie. Je veux manger un bout du pain, il est chaud et ça sent bon. La flaque est toute grise…

Et c’est dur de donner la main. C’est trop haut. J’ai mal au bras. Surtout quand on traverse sur le passage clouté. Est-ce que plus tard je serai toujours moi ? C’est difficile d’être moi. Des fois, j’aimerais bien tomber et voir comment ça fait de se faire écraser. Je sais pas si je renaitrais dans le même ventre.

On dirait qu’il fait nuit. Papa dit que c’est à cause de la pluie. Je ne comprends pas pourquoi la pluie cache le soleil.

On marche vite, je ne dois pas  penser à Gros Chéri. Il est chez Maman. Je crois qu’il a froid, lui aussi. J’espère que ce soir on mangera des spaghettis bolognaise, avec la sauce qui fait des moustaches orange. C’est marrant, les moustaches orange. Mais c’est pas marrant quand on mange du saucisson, faut enlever la peau. Sinon ça reste coincé, et après papa doit me secouer par les pieds pour faire sortir tout ça, mais ça fait rire Aurore alors c’est pas grave. C’est marrant les petites soeurs, ça rit tout le temps. Sauf quand elle a la tête sous l’eau. Mais c’était presque pas ma faute, elle avait qu’à sauter du bateau. Et je croyais qu’on avait pied…

Le mieux, c’est quand même chez Mamie. Il ne pleut pas, chez Mamie. On peut jouer au Petit Bois et se cacher derrière les rochers de Monsieur Vachier. Papi dit que c’est son vrai nom, mais c’est pas possible de s’appeler Monsieur Vachier. En plus Eric l’aime pas. Mais Eric, il aime pas grand chose en fait. Le pire c’est quand je lis. Moi je peux rester toute la journée en boule sur le canapé, mais Eric, il crie parce qu’il s’ennuie. Mamie m’a acheté des nouveaux livres de la Comtesse de Ségur. Ils sentent bon. En plus, maintenant qu’ils ont déménagé, on a plus de potager. J’aimais bien le potager, surtout les framboises.

Là, ça sent pas bon du tout. les voitures font du bruit, ça éclabousse partout. Ça fait longtemps qu’on marche, on est bientôt arrivés ? Je sais qu’il faut pas lâcher la main, mais ça serre trop fort… Un jour j’ai pas écouté Papi. Il m’avait dit d’attendre en bas, mais il y avait des fleurs qui poussaient sous les cailloux. Je crois que j’ai eu mal, mais pas trop. Mais lui, il a fait des très, très gros yeux. Les mêmes que quand il compte. Ça me faisait un peu peur, je crois que c’est parce qu’un jour quand il était petit, sa copine Bella était tombée en escaladant des rochers. Elle, elle est morte parce que les fleurs étaient mal accrochées. Mais moi je fais attention. Mamie a dit que c’était pas grave de toutes façons. J’ai un pansement, j’aime bien, mais ça gratte un peu…

Pendant les vacances, on retournera chez Mamie, avec Eric et Aurore. J’aime bien parce que Mamie nous fait du couscous. Et à la balançoire c’est toujours moi qui gagne.

On arrive à la porte. J’ai peur des portes alors je la touche pas. Un jour, j’étais petite parce que Maman habitait avec Papa, la porte s’était fermée mais j’avais les doigts dedans. J’ai crié très fort. Maman est arrivée en courant. Je crois que j’ai eu mal, mais en fait je sais pas. Mais je m’en rappelle. C’est comme Aurore, la dernière fois, elle s’est coincé les doigts dans la porte de la voiture. Papa l’a grondée mais c’était pas sa faute.

J’aime pas quand je suis pas là. Aurore elle s’en fiche, elle est toute seule. Mais moi aussi, et je m’ennuie. Je sais pas si ils ont besoin de moi. Ils sont contents peut-être… Mais nous, on s’écrit des lettres. C’est des lettres de soeurs avec des dessins. Et ça, j’aime bien. On se les donne sous la porte quand je reviens la semaine d’après. Alors je crois que je lui manque aussi un peu.

Plus tard je voudrais être une Maman. Et on vivra tous ensemble avec mes enfants, et Papa et son amoureuse. Comme ça, les enfants, ils seront contents. Ils auront qu’un seul lit. Et ils pourront faire du vélo avec les bonnes chaussures. Maman était pas contente parce que j’avais mis les chaussures roses au parc avec Papa. Elles étaient neuves, elle a dit.

J’aime pas quand ils parlent. Des fois, au téléphone c’est un peu long. Je me cache sous le banc et je les enregistre avec ma musique à micro. Mais c’est pas rigolo, je préfère quand on joue à la radio avec Aurore. On s’enregistre et on rembobine. Je me demande comment ça fera d’écouter les cassettes quand on sera grandes. Il faudrait les cacher dans le jardin, comme un trésor. Et un jour, on creusera le trou avec Aurore, on écoutera les souvenirs, et on ira jouer dehors.

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38 réponses sur “L’ enfant que j’étais {TAG}”

  1. Très joli détournement de ce TAG initial qui est décidément très inspirant !
    Ce souvenir brut de décoffrage, c’est comme une petite pierre précieuse de mémoire d’enfant que tu nous offres : merci !

  2. Très joli façon de répondre à ce tag.
    Je suis d’accord avec toi, il y a des moments pourtant anodins de notre enfance qui sont restés ancrés en nous plus profondément.
    En tout cas, ton texte est très agréable à lire

    1. Hello ! Et Merci pour ton commentaire, c’est marrant de se souvenirs d’instants si « simples » même des années plus tard… Tu participes également au tag lancé par Marie ? Je n’ai pas de connexion Mais je rattraperai les retards de lecture la semaine prochaine 😉

  3. Merci pour ce voyage en enfance. J’y étais avec cette sensation de lourdeur au bras à force de donner la main aux parents. J’ai revécu ce questionnement sur «  qu’est-ce qui se passe si on se laisse nonchalamment tomber sous les roues d’une voiture ». Je l’ai ressentie ce tourbillon émotionnel lié à la séparation des parents . Bref merci de m’avoir nourrie ce midi 🙏😍😍😘

  4. Une bien jolie histoire qui nous fait tous remonter dans notre enfance. Tu décris cela très bien. Quand on te lit, on a envie de retourner en enfance, j’en suis nostalgique parfois, de mon enfance…

  5. quel beau texte, sincèrement tu m’a profondément émue et poussé du coup à écrire mon propre article sur la question (qui n’a rien à voir). plus je te lis plus je me dis que tu as vraiment le sens de l’écriture

  6. C’est vraiment une très belle interprétation de ce TAG. Je ne m’attendais pas du tout à ça avant de cliquer sur l’article! C’est très beau à lire et on retombe un peu en enfance avec toi!
    Merci à toi et à Picou, c’est vraiment chouette comme initiative (surtout avec ton talent d’écriture!!)

  7. Bon, je t’ai déjà un peu dit ce que j’en pensais mais je vais en laisser une trace ici! Comme toujours j’adore, j’aime tellement ton style d’écriture (à vrai dire tes styles car tu as cette faculté rare de savoir en changer et t’adapter). ton texte m’a beaucoup émue et touchée, même si ça m’a rendu un peu triste de lire ces mots…Quel talent de retrouver les sensations de l’enfant, et quelle confiance, pour nous confier ces blessures d’enfant, de façon pourtant si pudique…Tu ouvres le bal de ces bulles de Picou de la plus belle des manières et je t’en remercie, encore une fois, infiniement!

    1. Oh merci Marie, et quand les encouragements viennent de toi, c’est tellement gratifiant (la pro des Unes, ne l’oublions pas ! 😉 ). Je viens de lire ce matin la participation de Freaky Flow, j’ai adoré aussi ! N’hésite pas à aller y jeter un oeil (pour une fois j’ai commenté avant toi, #fierté) ! Bises

  8. Ton texte est sublime !!! Ton écriture parfaite et cela rend cette petite fille très attachante. On oublie complètement le TAG.
    Personnellement ça m’a un peu fait penser au livre Lignes de faille de Nancy Huston, tu connais peut-être ?

    1. Merci beaucoup Julie, tes mots me vont droit au coeur ! Je n’ai pas lu ce lire en particulier, de Nancy Huston, mais je suis flattée que tu rebondisses sur une telle référence à la lecture de ces quelques lignes ! Bisous et belle journée à toi !

  9. J’adore ta plume… on dirait vraiment un enfant qui écrit, cette manière bien à eux de passer du coq à l’âne, de passer de pensées hyper futiles, à des choses bien plus profondes et noires parfois… Je ne sais pas si tu pensais déjà comme cela à l’époque où si le recul t’a fait prendre conscience de certaines choses mais ton texte est hyper touchant !
    Et j’admire ta réactivité…

    Continue à écrire, tu es faite pour ça !

    Bises

    Virginie

    1. Merci mille fois ! Et bien ce qui est marrant, c’est que justement ce soir là, je me souviens m’être posé beaucoup de questions, et demandé si je resterai toujours la même personne… C’est une question qui m’a souvent hantée au fil des années, et force est de constater, qu’à 34 ans, je me sens toujours comme la gamine de 6-7 ans qui donnait la main à son père… Avec l’expérience et la sérénité en plus ;-).

    1. Je te remercie pour ton passage ici et ce joli commentaire, j’avais justement peur de ne pas tomber « juste », mais tant que ces quelques phrases ont parlé à au moins une personne, cela m’encourage grandement à poursuivre! Bises

    1. Comment ne pas rougir de vos commentaires, surtout venant de celles que je lis régulièrement avec grand plaisir ? Je vais m’y atteler, je crois qu’il me reste encore l’étape du trac à passer, mais ce blog est un excellent exercice en attendant. Merci d’être passée me lire !

    1. Haha j’ai le synopsis mais je n’ose pas :-D. En tous cas, merci beaucoup pour tes encouragements, je crois que dès que les virus de l’hiver m’auront permis de ne pas fricoter avec mon pédiatre tous les 15 jours, je trouverai les ressources pour me lancer 😉

  10. Très touchant, très bien écrit (ça devient une habitude ;-))
    Un peu triste même
    ça me fait penser au film Cria Cuervos (dont j’ai pourtant un très vague souvenir…) mais en gros la vie au travers des yeux d’enfants quoi …
    J’espère qu’on ne les a pas trop trop perdus, ces yeux.. mais pour être capable d’écrire ça, il faut de toute façon avoir gardé un peu l’enfant en soi 🙂
    Bon moi je répondrai dans 6 mois, quand tout le monde sera passé à autre chose (toujours ménager l’effet de surprise :-P) pour l’instant, dodo !

    1. Tiens, je ne connais pas ce film, je vais essayer de me le procurer ! Merci beaucoup pour tous ces compliments (parce que dans ce sens là on ne s’habitue pas :-D). En tous cas, je trouve tu avais très bien trouvé ce ton, justement, dans ton rêve d’été… Ça m’avait d’ailleurs beaucoup fait penser à moi, étant enfant ! En tous cas, je serai curieuse de lire ton article, même dans 6 mois ! Et il faut que je m’attèle à ton TAG aussi, d’ailleurs… Bises

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