Chaque chose en son temps

Et nous voilà tous les quatre à Paris, pour une semaine. Cette ville où j’ai vécu à perdre haleine. Cette ville, où à défaut de pouvoir se lover dans un confortable canapé, on ne vit que la nuit, pour fuir le cube de 12m2 qui nous sert de tanière. Cette ville où chaque journée doit être meublée à l’exact opposé du dénuement de nos minuscules appartements. Cette ville où je me suis abreuvée de découvertes, où j’ai couru après mille désirs, dansé, chanté, crié, pleuré. Cette ville que j’ai souvent détestée, et qui a pourtant vu passé de magnifiques et étonnantes années. Cette ville qui m’a ramassée à la sortie de mes études à 25 ans. Cette ville dans laquelle je me suis engouffrée tête baissée, prête à conquérir le moindre de ses recoins. Cette ville que j’ai fui, un jour, cinq ans plus tard, le lendemain de mes 30 ans très exactement. Comme un trop plein. Comme une tempête qui se doit de toucher à sa fin.
J’ai toujours été étonnée de voir combien une ville peut attiser des émotions si fortes et contradictoires chez ses habitants. Je pense avoir eu la chance de fouler le sol d’un lieu qui fait rêver de nombreuses personnes de par le monde. Ce bitume a été mien, jusqu’à en oublier le reflet de ses beautés, à ne plus voir que les pavés souillés, la noirceur insidieuse du souffle du métro sur nos visages glacés. La solitude, finalement, dans cette valse après le temps. Pas un soir seule chez moi. Pas une minute de repos. Cinq années à vibrer et vivre une vie qui me permettra de ne jamais rien regretter. Je me suis enivrée aux sorties, aux rencontres, aux concerts, aux moments inattendus. Puis j’ai eu besoin de me sevrer.
Et nous revoilà ici. Mais cette fois, la logistique n’est plus la même. Je prends le temps. Je choisis les rencontres. Je choisis les lieux et les instants. Je les partage avec les trois personnes les plus chères à mon cœur. Je bougonne de ne pouvoir, parfois, retrouver cette fébrile liberté. Bientôt. Elles sont encore si petites. Ma vie, finalement, ne fait que commencer. Alors je souris. Je m’assois sur un banc. Et je les regarde faire du toboggan.

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