Ce que l’on ne t’a peut-être pas dit sur l’allaitement…

Je préfère te prévenir, on va parler maternité, nichons et lait… Si l’un de ces mots t’ulcère déjà, je t’en supplie, arrête donc ta lecture ici. Et ne m’en veux pas, on fait ce que l’on peut, avec ce que l’on a. Et pour l’instant, ma vie est rythmée par celle que nous nommerons Vampirella.

Bon, tout d’abord, posons les choses. Je ne suis ni-pro-ni-anti-quoi-que-ce-soit, il ne s’agit pas là d’ouvrir un débat. Je livre simplement ma récente expérimentation, juste un témoignage… Parce que paradoxalement, même dans la promiscuité d’une chambre occupée par trois habitants, on peut parfois se sentir bien seule. Et qu’à 3h du mat, avec un affreux bébé insomniaque, il n’y a pas grand monde doué de parole (et de raison) pour répondre à nos questionnements existentiels. A part le forum Au féminin. Et lorsqu’on en est là, on réalise que l’on a atteint la zone de non retour. Et ça devient très vite l’angoisse. Pendant ces très nombreuses insomnies, j’aurais aimé entendre ces paroles, ni bien pensantes, ni moralisantes, juste déculpabilisantes, quelques mots empreints, je l’espère, de réalité crue, simple et nue.

Donc, j’ai allaité

Ou pour être exacte j’allaite, depuis bientôt huit mois. J’ai également eu un premier bébé-biberon. Peu importe les raisons (personnelles, médicales, organisationnelles), c’est juste un fait, et je suis plutôt satisfaite d’avoir testé les deux marchandises. Toujours est-il qu’il était très important pour moi de parvenir à allaiter ce second bébé. Comme une espèce de confrontation à ma condition de mammifère. Je voulais en passer par là, et comme je suis quelque peu têtue, je me suis acharnée. Non sans encombres. Car au delà des grands discours sur l’aliénation de la femme et sa potentielle libération grâce au biberon, il y a un monde de choses que l’on ne te dit pas, ou au contraire que l’on te martèle au sujet de ce choix qui est pourtant si personnel et si intime.

“Allaiter, c’est sain, le meilleur de ce que l’on peut donner, etc”

Hummm. Allaiter serait donc très écolo-bobo-friendly. Rappelons juste que ce qui passe par toi, passe dans ton lait. Jette un coup d’oeil dans ton frigo, et par ta fenêtre. À moins d’élever des poules acrobates dans le Larzac, ton gosse vit dans le même monde que le mien, donc bon, on fait avec et on se détend ! J’ajouterai également à tous ceux qui m’ont jeté des regards atterrés, que non, définitivement, ce n’est pas parce que j’allaite que j’ai des poils partout, que je dors dans une yourte, et que je fais ma salutation au soleil tous les matins, n’en déplaise à mes amis yogis…

“Allaiter, c’est naturel”

Certes. Le choix du terme est important : naturel, oui, inné, non. Et là ça se complique. Imaginons que tu sois comme moi, bercée de l’image d’epinal d’un accouchement parfait, qui se termine avec volupté (mouhahahaha) et amour dans la tendresse d’un accueil nichonnesque de ta marmaille… Et bien, désillusionne toi, douce nymphette, car la mise en place de ce (combat) beau moment de complicité dépend : de la souplesse et de la sensibilité de ta peau, de la succion de ton loupiot (et il ne naît pas forcément avec la notice le bougre), de la forme de ta poitrine, de tes bras, de ton dos du débit de ton lait (qui de pas assez, à trop, en passant par la case geyser, influe aussi sur la mine déconfite du susmentionné affamé), des impondérables de sa santé (la plupart des bébés ont, par exemple, du muguet, et là je te laisse checker ton ami Google, pour le glamour j’ai déjà donné) et de la tienne, de santé. Bref, déjà, là, tu peux réaliser que ça commence plutôt sportivement.

Tu ajoutes à cela une bonne dose de matraquage familial sur ce qu’il faut faire et ne pas faire, des discours totalement paradoxaux de la part du corps médical, un manque voir une absence totale de sommeil, et tu as une petite image de ce à quoi tu peux ressembler. En gros, une femme dépossédée de son corps et de son libre arbitre, qui souffre et se promène les seins à l’air pendant des semaines, qui dégouline de lait caillé, et qui pleure. Chouette. MAIS tu ajoutes encore à ce mirifique tableau un mec dépité qui se sent inutile et rejeté par son bébé car oui, il ne sent pas le lait (le papa, pas le bébé), un aîné jaloux qui passe son temps à te faire le remake de Tarzan sur le canapé, des fois que, par manque de bol, il tomberait sur la nouvelle tumeur que tu arbores si fièrement… Donc concrètement, tu ravales ta douleur (au sens propre ET au sens figuré), car si tu souhaites en parler, la réponse de tes interlocuteurs tombera tel un couperet : “Mais, pourquoi t’allaites alors? Arrête de suite et donne lui un biberon!”. Pour l’écoute et le soutien, donc, on repassera.

“Allaiter, c’est la liberté”

Soit. Tout d’abord, un argument de taille, aucunement démesuré et ne traduisant absolument pas ma tendance excessivement surangoissée : en cas de guerre mondiale, de blackout universel, de déchaînement des éléments, ton précieux aura toujours de quoi boire et manger… Voilà. Plus concrètement, sans toutefois te retrouver parachutée dans le spin-off de Lost, coincée dans les embouteillages, c’est quand même bien pratique de porter avec soi le garde-manger. Et en parlant de porter, partir en balade pour 1h, 5h, 12h, sans anticiper et en ne se souciant que de mettre 2 ou 3 couches dans ta poche, ça te permet de ricaner en voyant les autres mums porter une “valise” à langer. Ou faire un 400-mètres-haie-poussette jusqu’à la maison, sous le joug d’un coach hurlant de manière désespérée. Toi, au moins, tu as la classe (si on ne se penche pas trop sur ton accoutrement hyper inventif spécial allaitement). Toi, au moins, tu as l’air DE-TEN-DUE. L’air en tous cas. Car oui, la liberté, c’est surtout celle de ton marmot. Car au final, c’est lui qui décide et choisit. S’il décide de reluquer les arbres et les oiseaux pendant que tu attends patiemment, toutes offrandes à l’air qu’il daigne y replonger le museau, tu te sens un peu démunie… Surtout quand un gentil grand-père passe par là et te jette un regard attendri. Tu l’entends ce cher Georges, tu la comprends, la Margoton? Oui, habitue toi, en public les hommes te regardent avec amour (non, ils n’essaient même pas de faire semblant de détourner les yeux), les femmes te dévisagent soit avec mépris, soit avec compassion, les enfants, curieux quant à eux, te reluquent comme des fous, voir mieux, sautent sur le banc où tu t’es malencontreusement installée, veulent même goûter jusqu’à ce que leur cher papa vienne les chercher gentiment par la main, la mine écarlate, car rappelons le, ta féminité est vigoureusement déployée. C’est fou le nombre de trentenaires aux joues roses que j’ai croisé ces derniers mois… J’ajouterais également que si tu fais un 85A, gageons que la tête de ton morpion t’aidera à conserver un peu (de dignité) d’intimité. Ce qui n’est malheureusement pas mon cas… Et non, passé le 90G, ce n’est plus de la fausse modestie… C’est une épreuve physique et morale. Et financière.

Pour conclure sur la liberté, passé les premiers tâtonnements, la position? c’est ton bébé qui la choisit. Le lieu? C’est ton bébé qui le choisit. La fréquence et la durée (un macaron à la rose, pour moi, merci) ? C’est ton bébé qui les choisit. Donc la liberté, tu la subis. Mais tu forges au passage un marmot au caractère à tendance dictatoriale bien affirmé. Cela dit, c’est toujours une bonne excuse pour avoir la paix et se reposer. Il faut faire la vaisselle ? Dommaaaaage, elle a faim. Les amis de ton mecs sont bourrés et refont le monde en bégayant la même phrase cinq fois d’affilée, dommaaaage, tu dois aller t’isoler (non pas parce que tu le souhaites, mais parce que ta progéniture refuse de se sustenter ailleurs qu’allongée dans le lit parental avec lumière tamisée… Elle a déjà tout compris). Doit-on également rappeler que tu es sobre. La seule et l’unique. Mais personne ne t’en tiendras rigueur. Tu seras la seule à t’en souvenir.

Enfin, POURQUOI, mais surtout COMMENT, mazette,  en arrive-t-on à s’infliger une telle vampirisation, à raison de 20h par jour ?

Quelle est la raison de ce profond masochisme ? Je te laisse élaborer un début de réponse, n’hésite pas à m’en faire part, de mon côté je cherche encore… Une des clés tient peut-être dans le fait que les hormones s’en mêlent et te rendent aussi lucide qu’une huître vinaigrée. Peut-être que c’est aussi à cause de ces moments incroyables, où le temps s’arrête, où sa petite main cherche la tienne, les yeux dans les yeux? Peut-être aussi tout simplement parce que tu as la tête dure… ce qui est, je dois l’admettre, un peu mon cas… Alors tu te bats pour y parvenir. Et le jour où ça fonctionne enfin, le spectre de la reprise du boulot et de l’adaptation à la crèche arrive. On sait quand ça commence, on ne sait pas quand ça finit, car encore une fois, c’est ton bébé qui choisit ! Tu testes le biberon. Et ça marche, ou pas. Dans mon cas, ce sera “PAS”. Même après 1 mois d’essais, plusieurs fois par jour, dans tous les contenants possibles, par tous les protagonistes possibles, avec toutes les sortes de laits possibles. Arrive ensuite le jour de la purée : Idem… Ce sera “PAS”. (EDIT : à 11 mois, c’est toujours PAS) (EDIT bis : il aura fallu attendre ses 14 mois)

J’en suis là…

 

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Et au final, je suis heureuse du chemin parcouru. J’apprécie ces instants car je sais que même si aujourd’hui ils me paraissent infinis, ils ne durent finalement pas.

Je caresse les joues de mon petit vampire nocturne, me délecte de ces moments qui n’appartiennent qu’à nous, dans le noir et le silence.

Peut-être aussi parce que je me dis que ces échanges seront bientôt terminés. Que c’est mon dernier bébé…. Alors autant en profiter !

 

 

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