Back to Fac

Je vous en parle de-ci delà depuis quelques temps, mais il se trouve que j’ai été honnête avec la petite étudiante têtue que j’étais il y a 11 ans, sans m’en rendre compte.

Je me souviens de cette fin de matinée, dans un amphi bondé, avec mes trois acolytes de l’époque : Amandine, Mathilde et Emeric. Nous étions jeunes, nous étions beaux, nous étions un peu ivres de la veille, très probablement… Et j’ai alors ressenti un pincement au coeur. J’ai réalisé que cette époque d’euphorie et de fusion que nous partagions toucherait bientôt à sa fin. Dans quelques semaines ou quelques mois, chacun choisirait sa route, trouverait un job plus ou moins loin, se créerait un nouveau quotidien. Et ces instants si forts feraient partie des nombreux souvenirs que l’on chérit.

Être étudiante a été l’une des plus belles périodes de ma vie. La liberté, la joie de vivre, l’insouciance aussi. Mais avant tout, les découvertes, les lectures sans fin, l’écriture à foison, disserter sur la vie en fumant une clope au soleil sur le parvis.

J’ai toujours été un peu instable et attirée par la nouveauté. Pour me sentir vivre, j’ai besoin de me mettre en danger. Je venais d’apprendre que j’étais acceptée à l’IUFM en banlieue parisienne, j’allais donc quitter Toulouse, sa douceur, ce cocon, pour vivre à nouveau là où je suis née. J’allais abandonner ce Master 1 de psychologie en cours de route, pour me jeter dans la gueule ouverte que me tendait la vie, me frotter au terrain, aux vraies choses en somme, et devenir professeur des écoles. J’avais déjà assez de recul pour savoir que cependant, il me faudrait accidenter mon parcours pour continuer à vibrer. Alors j’ai regardé mon petit trio, et je leur ai dit : « Aller, on se la joue place des Grands Hommes. On se retrouve ici, dans 10 ans. Peu importe le diplôme, dans 10 ans, on remet ça. »

Je ne sais plus quelle a été leur réponse, mais ma résolution, j’y tenais comme à la prunelle de mes yeux.

Les années ont passé. Je suis montée sur Paris m’enterrer dans un minuscule rez-de-chaussée au pied du sacré-coeur. J’ai travaillé comme jamais encore je ne l’avais fait, dormant 4h par nuit pour accumuler les connaissances qui me permettraient, peut-être, de décrocher une place. Nous étions 12 000 à présenter le concours dans mon académie cette année là. 12 000 dans le hall gigantesque du Parc des Expositions de Villepinte. 12 000 coeurs battants au premier matin, un peu moins nombreux à chaque nouvelle épreuve.

Je ne sais comment j’ai réussi cet exploit, mais j’ai obtenu ce fameux concours.  Moi, la feignasse invétérée, j’avais enfin un but, un objectif, un challenge à relever.

Tout s’est enchaîné, les stages, les remplacements, les centaines de visages enfantins que je n’oublierai pas. Jusqu’à ce jour, celui de mes 30 ans. J’ai tout plaqué. Et de fil en aiguilles, je me suis retrouvée un matin, dans la file d’attente des inscriptions en Master 1 de Psychologie, dans mon ancienne Université. En remplissant les formulaires, j’ai réalisé que 10 années étaient passées. 10 années. A peine un soupir, un battement de cils.

10 ans plus tard, une petite fille dans le coeur, une autre dans le ventre, dont j’ignorais encore l’existence, j’ai repris le chemin de la fac, avec fébrilité. Une jolie parenthèse que j’ai du mal à refermer. J’essaie de terminer mon mémoire, sans savoir trop ce que j’en ferai. Peut-être un Master 2, dans quelques années, quand j’aurai à nouveau la sensation d’étouffer. J’aime garder cette soupape quelque part, savoir que même si le temps passe, on peut toujours se renouveler, apprendre à nouveau, se mettre en danger.

Et vous, quelle est la fenêtre qui reste ouverte dans un coin de votre tête? Celle qui vous permet de continuer à avancer ?

La bise studieuse, et une très belle journée !

5 réflexions au sujet de « Back to Fac »

  1. Et alors, vous vous êtes retrouvés place des grands Hommes?
    Je me souviens à la fac des « daronnes » qui étaient inscrites après des reconversions professionnelles. Je les trouvais chiante, toujours au premier rang, à réclamer le silence, à ne pas refaire le monde devant la cafet, à foncer après les cours faire des courses et chercher leurs enfants au lieu d’aller boire des coups… Aujourd’hui je me dit qu’elles sont bien courageuses d’avoir tout laché pour changer de voie, de gérer études et vie de famille, de se retrouver avec des (beaucoup) plus jeunes. Mais ça, c’est parce que je suis maintenant du côté obscure!!
    Bisous

    1. Hahaha ! Non finalement, une à Pau, une à Auxerre, un je ne sais où… Et figure-toi que ma copine d’amphi et de travaux de groupe a… 22 ans ! Et qu’on parlait bébé en gloussant au Resto U, comme quoi…
      Bon j’avoue, je l’ai joué double, j’ai côtoyé aussi les Warrior Daronnes qui, en plus des mômes, des cours, se tapaient un boulot à mi-temps, des déplacements de plusieurs heures car elles venaient pour la plupart de très loin ! Et je te promets, je ne me suis jamais assise au premier rang et je n’ai jamais demandé le silence 😀 . Mais bon, pour ce qui est des bières, j’ai, je dois le reconnaître, passé mon tour…

  2. Après avoir quitté Paris, avoir renoncé à la profession de Professeurs des écoles (ce qui inclus avoir entendu les « mais tu as tellement travaillé pour y arriver », « tu penses aux milliers de candidats qui auraient adoré avoir ta place », « tu ne vas quand même pas quitter un poste où il y a la sécurité de l’emploi avec tout ce chômage! », « tu vas laisser un job avec autant de vacances?!? ») et m’être faite larguer (et donc mise à la porte) par mon mec de l’époque, je me suis retrouvée à l’aube de mes trente ans à retourner vivre chez ma mère sans emploi (puisque ce concours si difficile à avoir ne vaut rien nulle part). Après avoir passé des journées à broyer le noir de ma chambre d’ado et à verser les larmes qu’il me restait encore des mois précédents passés à Paris je suis allée m’allonger sur un divan. Le monsieur a prononcé le gros mot qui commence par un D (si je pouvais l’imager ce serait un bouton de fièvre: quand tu l’as eu un jour, tu l’auras pour toujours. Quand il fait un peu gris ou que la période n’est pas propice elle vient te rendre visite quelques jours pour te rappeler qu’il ne faut pas baisser ta garde si tu ne veux pas qu’elle reste trop longtemps). Il m’a fallu des mois pour reconstruire ma vie. J’ai repris des études, obtenu un nouveau diplôme, trouvé un emploi, rencontré un homme et déménagé de chez ma mère. Au fond de moi la lutte avec Mme D. n’est pas finie, elle ne finira peut-être jamais. Mais j’ai réussi à repartir de rien et à me sauver. C’est cette fenêtre que je garde en tête. Quoi qu’il se passe je peux le faire, je peux recommencer. Et si demain mon nouveau boulot ne me plaît plus alors je recommencerai encore.

    1. Ton commentaire me touche énormément, je ne savais pas que tu avais traversé toutes ces émotions en quittant Paris… Et le bataillon (car oui, enseigner dans ton école de banlieue, c’était un peu un combat de chaque instant).
      Il est vrai que tu avais eu ce projet, bien avant moi (c’est en parlant de ce métier d’ailleurs, que nous nous étions rencontrées, dans un des couloirs de l’Université). Je trouve que tu as eu beaucoup de courage, justement, pour lâcher prise et réaliser que ta vie n’était pas là où tu l’avais idéalisée. Comme quoi, à 30 ans, nous sommes nombreuses à tout recommencer, alors pourquoi pas à 35, 40, 75 ? 🙂

      1. Je ne me suis pas trop vanté de ma chute. Tout le monde le voit de manière différente: pour certains je suis courageuse, pour d’autres j’ai été lâche de ne pas tenir le coup plus longtemps. Il y a des jours où je me dis que j’ai été forte, d’autres où je le vis comme un énorme échec.
        Inutile de te dire que début septembre quand le rectorat m’a appelée pour me demander pourquoi je n’avais pas fait la rentrée (ils n’avaient soit disant pas reçu ma lettre de démission) en 30 s j’ai du me poser 50 fois la question de savoir si j’y retournais ou pas. Et puis j’ai repensé à ce jour où j’ai fondu en larmes devant mes élèves et j’en suis restée là.
        Avec du recul je me dis que cette épreuve m’a permis de réaliser que ce métier n’était peut-être pas pour moi (on se rassure comme on peut même si au fond de moi je sais que si).
        Mon année à Paris m’a rendue très heureuse mais aussi malheureuse comme jamais. Mme D. a tué une partie (joyeuse) de moi pour toujours. Ce ne sera plus jamais pareil. Parfois j’ai l’impression d’avoir eu deux vies: celle d’avant et celle de maintenant. L’ancienne moi me manque parfois. Mais j’y ai gagné aussi. J’ai appris à m’écouter un peu plus. Et devoir tout reprendre à zéro c’est justement se demander « qu’est ce que JE veux maintenant? » et se dire que quand on ne se sent pas bien la seule chose qui nous empêche de changer c’est nous.

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