Taro

La Dalbade by @san_pelo

Ce week-end a eu lieu le Carnaval de Toulouse.

C’est le 4ème Carnaval que je traverse sans trop y penser.

Après quelques années sur Paris, je suis revenue à mes amours étudiantes dans cette ville-cocon, il y a maintenant un peu plus de quatre ans. Ce retour a été fracassant, au sortir d’une histoire qui aura duré huit années. Et se sera terminée à l’instant même où elle aurait dû commencer.

Je me suis retrouvée ici, plus ou moins consciente, à ce moment de l’année où peu à peu, le froid et la pluie laissent place à une lueur solaire rasante. Dans un état proche du coma, j’ai vécu quelques semaines d’intense ivresse. Dans tous les sens du terme. Des moments à pleurer, nue, recroquevillée sur le carrelage de la salle de bains. Des moments à marcher, cheveux aux vents, le corps frêle et fragile, comme il l’a si peu souvent été. Des moments à chanter avec mes amis retrouvés. Des moments à serrer ma guitare contre mon ventre, la caresser à m’en faire saigner les doigts. Des moments à refaire le monde avec des inconnus, au détour d’un comptoir. Des moments à me réchauffer dans des bras cherchant le même réconfort que moi. Des moments à douter. Des moments à espérer. Des moments à baisser les armes. Souvent.

Je vivais de vin et de musique, d’amitiés et de rencontres, me réfugiant chaque soir dans l’appartement que j’avais sous loué in-extremis grâce à une amie qui vivait quelques étages plus haut. Pour ne pas être à la rue. Pour ne pas retourner d’où je venais. Un petit appartement sombre, humide, mais situé sur la place de la Dalbade. J’avais toujours dit que je vivrais là. Il en fut ainsi.

Février et mars ont passé. Je ne sais plus quel jour c’était. Mais un soir j’ai décidé de me reprendre en main. D’arrêter cette danse incertaine, de retrouver un peu de sérénité. J’ai accepté d’être seule, dans ce qui était alors « chez moi ». Une soirée en face à face avec moi-même. J’en avais besoin. J’en avais retrouvé le courage.

Et puis cette main qui toque. Cette voix qui m’invite à venir faire la fête. Dans un autre appartement, plus près du ciel, au dernier étage. En pyjama, décoiffée, je suis montée pour l’accompagner.

Il était là.

Je ne sais plus quel jour nous étions, ni l’heure qu’il était. Ces détails ne sont rien.

Ce dont je me souviens, ce sont nos regards, nos mots, l’absence immédiate et totale de tous ceux qui étaient pourtant là, autour de nous. Comme un voile, comme une bulle. Une impression de plénitude. Il m’a suivie lorsque je suis partie. Et depuis cet instant, plus une seule nuit ne passe sans que je sois auprès de lui.

Ce dont je me souviens, ces sont les bruits dans la rue, quelques heures, quelques jours après. Le Carnaval de Toulouse battait son plein. La faim nous tirant de notre torpeur, nous sommes sortis, nous avons marché dans la nuit, au milieu de ces ombres aux milles couleurs, ces visages masqués, festifs et énigmatiques.

Ce dont je me souviens, ce sont ses yeux, la première fois où nous nous sommes découverts. L’album d’Alt-J en boucle, tel un refrain. Et cette chanson, Taro, qui restera pour moi bien plus qu’une simple mélodie. Cette chanson, qui lorsque je l’entends, m’évoque des sensations, des odeurs, des émotions, la fenêtre entrouverte sur une cour d’immeuble si sombre. Et qui laissait entrer, pourtant, tant de clarté.

Taro. Les notes résonnent, font de moi leur instrument, m’amènent à vibrer plus fort que jamais auparavant.

Ce dont je me souviens, c’est que cette chanson s’inscrit en moi comme le début d’une seconde vie. Celle avec Lui. Celle avec Elles. Celle au soleil.

Ce weekend a eu lieu le Carnaval de Toulouse. Le quatrième. Le plus beau des anniversaires.

 

2 réflexions au sujet de « Taro »

  1. Ton texte est très beau et émouvant, comme d’habitude. C’est drôle comme ton histoire peut résonner en moi, pas dans la même ville, pas sur la même chanson (bien que j’adore Alt-j aussi). Mais ce sentiment de s’enivrer de tout ce que procure la ville, de se perdre un peu, jusqu’à cet instant ou on rencontre enfin LA personne, je le connais bien moi aussi. Bref, profite bien de la chaleur de ton nid même sans les bruits du carnaval cette année. Bises

    1. Je trouve que ces périodes un peu floues restent tellement ancrée en nous ! Les souvenirs sont imprécis, mais les sons, les odeurs et les émotions restent et s’accrochent à notre corps… Bises

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