Journée internationale des droits des Femmes : une histoire d’X et de Y

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Je ne pensais pas écrire à ce sujet, encore moins en cette journée internationale des droits des femmes. Pas la conviction d’être la mieux placée pour, pas d’engagement politique (du moins récent), pas l’envie de me plier aux diktats d’un pseudo calendrier qui viendrait nous faire croire que l’on a besoin d’une seule et belle journée pour se faire offrir des fleurs, honorant ainsi plus de la moitié de l’humanité.

Mais il y a eu ce commentaire : « En te lisant,  je me fais vraiment une joie de ne pas être né femme« .

Ce commentaire qui m’a fait bondir, car…

Oui, je suis une femme, oui, je suis une maman

Oui, j’ai envie d’écrire sur ce que cela représente pour moi, sur la joie d’être née dans ce corps si particulier.

Je n’aurais pas la prétention de généraliser, soyons réaliste, je ne suis qu’une trentenaire issue d’une famille où l’on n’avait pas besoin de pleurer pour manger. J’ai grandi en France , et ce durant des années relativement pacifistes. Ma condition de femme est donc mille fois plus enviable que celle de millions d’autres, il n’empêche…

 

Être née femme c’est :

  • Comprendre, dès l’âge de 12 ans, que ton petit corps d’enfant fait déjà des envieux, te réfugier chez un marchand pour échapper à l’insistance d’un vieux monsieur qui souhaite à tout prix que tu le suives chez lui, car il aime « faire chanter les petites filles » ;
  • Affronter le regard dédaigneux et dégouté d’une enseignante (à qui il ne vient manifestement pas à l’esprit d’agir ni d’expliquer), pendant qu’un petit garçon te plaque au mur contre ta volonté,  et se frotte contre toi en hurlant « Saga Africa » ;
  • Rentrer chez soi, tard le soir, en longeant les murs, une capuche sur la tête, espérant passer inaperçue quand il faudra croiser cette horde de loups affamés qui attendent quelques mètres plus loin devant la porte de ta cage d’escalier ;
  • Entendre des insultes immondes, parce que non, tu ne t’es pas retournée, non tu n’as pas souri lorsqu’ils t’ont demandé si poliment de prendre en bouche leur virilité ;
  • Te sentir plus petite et plus sale que ce mouchoir souillé au sol, quand tu es enfin en sécurité chez toi ;
  • Te dire que cette scène, tu l’as malheureusement vécue plus d’une centaine de fois ;
  • Ressentir la pression appuyée d’un homme dans une rame de métro bondée, ce sourire lubrique lorsque tu tentes en vain de te dérober ;
  • Devoir se battre deux fois plus pour obtenir un job, devoir se défendre contre ces arguments imparables : « Oui, mais à votre âge, vous allez vouloir un bébé… Je ne peux pas me permettre de prendre de risque et vous embaucher. » ;
  • Entendre ces mots sortir de la bouche d’une femme ;
  • L’obtenir finalement ce fouttu job : tu es plus rentable, ton salaire est moins élevé ;
  • Détruire ton corps pour sentir un autre coeur battre en toi ;
  • L’oublier, ensuite, ce corps meurtri, pour le bonheur de serrer un morceau de chair et de sang palpitant, qui a jailli dans un indescriptible déchirement ;
  • Avoir eu peur de le perdre, de te perdre, dans ces interminables heures de souffrance, où si une seule once de force avait pu t’envahir, cela aurait été pour te jeter par la fenêtre de cette chambre d’hôpital où l’on te promet en vain la péridurale ;
  • Ne plus réussir à voir cette amie qui, bien avant toi, rêvait d’être mère et qui, bien après tes deux accouchements, ne s’est toujours pas résignée à adopter, et pleure le soir  à genoux dans une chambre d’enfant vide et figée ;
  • Te rappeler régulièrement que les droits qui te sont concédés ne sont que très récents, quelques dizaines d’années sur l’histoire de l’humanité, et encore… pas dans toutes les contrées ;
  • Les voir sans cesse remis en cause, devoir se battre pour tenter de les conserver.

 

Mais être née femme c’est aussi :

  • Respirer l’air du matin, une tasse de café à la main, sans penser à rien ;
  • Dévorer Mon Bel Oranger pelotonnée dans un gros fauteuil, en regardant tes grands parents écouter un concerto pour piano, main dans la main, les yeux fermés ;
  • Faire du toboggan avec ta soeur en glissant sur des oreillers dans les escaliers ;
  • Danser avec ton père en sautant sur le canapé ;
  • Fumer au détour d’une table de ping pong, au fin fond de la cour du lycée ;
  • Ecouter de la musique au casque, en regardant les paysages défiler le long de la ligne TGV ;
  • Partir vivre quelques mois à l’étranger, en revenir enrichie de mille rencontres, et un peu changée ;
  • Se refaire une énième fois l’intégrale de Friends, en automne, les pieds sous un plaid pendant que ton amoureux pianote sur son PC ;
  • Mais aussi, à 35 ans, porter des baskets à paillettes ;
  • Glousser très fort, gambettes à l’air sous une robe à la terrasse d’un café ;
  • Refaire le monde avec tes amis toute la nuit ;
  • Chanter Belinda à 4h du matin (avec la choré) ;
  • Faire du vélo en ville, le sourire aux lèvres, et sans aucune destination en particulier ;
  • Oublier les larmes du passé ;
  • Donner la vie à une fille, puis deux. Être la plus heureuse du monde, un instant. Et commencer à s’inquiéter pour elles presque au même moment.

 

Être née femme ce n’est pourtant pas si différent que d’être né homme, une simple histoire d’X et de Y en somme…

 

Cette liste, bien entendu non exhaustive, reflète pourquoi en cet instant, je suis heureuse et fière d’être née femme. Mes filles aussi vivront toutes ces choses, et mille encore. J’espère qu’elles sauront trouver leur voie, comme j’ai pu trouver la mienne. J’espère que, malgré les inévitables blessures, elles sauront recueillir au fond d’elles l’étincelle qui donne envie, coûte que coûte, de continuer à brûler la chandelle.

J’espère qu’elles sauront faire du fait d’être née femme, le plus dur, le plus brut, mais aussi le plus beau de tous les cadeaux.

Et pour vous, qu’évoque donc cette journée si connotée ?

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16 réflexions au sujet de « Journée internationale des droits des Femmes : une histoire d’X et de Y »

  1. Bravo pour ces mots si justes, si vrais, si forts.
    Et moi aussi, maintenant que je suis mère de deux petites filles toutes ces questions, ces appréhensions et ces forces prennent une profondeur nouvelle.
    Merci pour cet article !

    1. Merci beaucoup Louna, et ce commentaire fait écho à ton dernier billet justement… Notre place en tant que femme est encore si précaire ! Alors accrochons nous pour donner à nos filles les bon repères !
      Bises

  2. J’ai la chance de n’avoir jamais eu à justifier le fait d’être une fille.
    Pourtant j’ai suivi une scolarité de « garçon », j’ai travaillé dans un milieu d’homme **en sidérurgie et dans les laminoirs à chaud autant dire que LA fille se comptait sur un doigt ;)**. De ce côté là, je ‘ai rien à reprocher à la société…
    La première fois que je me suis sentie diminuée pour être né fille, c’est en tant qu’enseignante ! Abusé quand même ! Et non pas par les collègues mais par certains élèves… Et sur ce point je suis sûre d’une chose, il n’y a que Nous, PARENTS, qui puissions faire avancer les choses en éduquant nos enfants, peu importe le sexe, dans le respect des autres.
    Les lois et les journées à thème n’auront jamais autant d’impact que ce que Nous allons enseigner à nos enfants.

    1. Je te rejoins tout à fait, c’est à nous de donner les valeurs qui nous semblent importantes à nos enfants, qu’ils soient filles ou garçons. Apprenons leur à ne pas adopter trop d’attitudes genrées (du moins sans que ces choix aient été réfléchis et assumés), à s’emparer du respect qui leur est dû en tant que personne, et des choses qui leur tiennent à coeur…

  3. Des larmes, puis des sourires qui viennent tout effacer, je crois que la construction de ton article résume à elle seule le bonheur d’être avec deux X.
    Parce qu’il suffit de l’odeur d’une fleur, d’un coucher de soleil, ou du sourire sur les lèvres des êtres que tu as fièrement mis au monde, pour te faire aimer la vie, la vie de femme d’aujourd’hui.

    1. On m’a fait remarquer, que toutes les belles choses que je citais n’étais pas spécifiques aux femmes. Alors je rebondis justement, car être une femme ne nous résume pas à des stéréotypes genrés bien heureusement ! Mais tout comme toi, je ne regrette pas une seconde :-). Bises

  4. En cette journée des droits de la femme, j’espère surtout réussir à apprendre à ma fille à se défendre, à faire respecter son périmètre de sécurité, et que non, elle n’a pas à accepter des réflexions machistes et dégradantes. Mais aussi à éduquer mes garçons au respect et à la douceur, et leur faire comprendre que la vraie virilité n’est ni brutalité, ni grossièreté.

    1. J’y pense souvent, en tant que mère de filles je ne peux que leur apprendre à se protéger, j’aurais aimé parfois avoir un garçon pour lui apprendre justement ce qui devrait être une évidence mais est loin d’en être une pour beaucoup. J’ai confiance en les générations futures, espérons que ce ne soit pas un leurre !

  5. Bravo pour cet article qui nous rappelle, si tant est qu’on puisse l’oublier, les conditions de vie des femmes de notre génération. Celles à qui l’on promet tout sans jamais rien obtenir. Enfin si pardon, il arrive qu’elles obtiennent des miettes de gâteaux là où les hommes s’empiffrent de parts entières. Et le pire, c’est qu’il faut dire merci….

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