La grande question du sevrage nocturne… Et de la régression !

Un enfant dort dans son lit la nuit : doit on lui donner le biberon s'il se réveille ?

Sur le long chemin de la parentalité, on doute souvent bien plus que l’on apprend. Les principes s’étiolent au fil du temps, et force est de constater qu’ils sont de moins en moins ancrés au fur et à mesure qu’augmente le nombre d’enfants.

Il est certains horaires où nos croyances et nos préjugés se font encore plus discrets, notamment pendant ces heures perdues au coeur de la nuit, où le corps prend le relai sur l’esprit.

Alors entre 23h et 4h : feed or not to feed ? Là est la question…

Le fameux biberon ou tétée de nuit

Souffrance aiguë du jeune parent, les réveils nocturnes se suivent (et se ressemblent) au long des premières semaines de vie, des premiers mois, pour ne pas dire des premières années. On prend notre mal en patience, on trébuche, on tâtonne, en espérant chaque jour que le lendemain apportera son lot manquant d’heures de sommeil. On câline, on berce, on nourrit, on apaise, on endort… Et on se lève à nouveau avant même de s’être soi-même assoupi.

Jusqu’au moment où la nuit défile, et où l’on réalise que la porte de notre chambre fermée notre enfant dort beaucoup mieux. Il se réveille encore un peu, un cauchemar, un doudou facétieux, mais notre aide se fait plus modeste, l’interlude s’éternise un peu moins. Il arrive même que l’on entende un souffle, un bruit, et que le calme nous revienne aussitôt. Étonnant, voir déstabilisant les premières fois. On attend le cri, le mot, le sanglot qui suivra, mais qui finalement ne vient pas. Et notre corps lourd et fatigué réapprend peu à peu à se reposer.

Les rechutes lactées

Et il y a des moments où sans que l’on puisse vraiment se l’expliquer, tout se chamboule à nouveau. Un mauvais virus, un retour de vacances, un déménagement, ou même rien de spécial… Un besoin, une peur, un câlin, un réconfort. Et on se demande si l’on fait bien, mais les pleurs s’intensifient, menaçant de réveiller l’intégralité du quartier. Alors on offre du lait. À minuit, 2h, 4h07 ou même 5h12.

Après tout, à qui cela nuit-il réellement ?

Le regard des autres ou nos propres convictions ?

Passé le premier moment de soulagement auditif, un mal-être s’insinue : et s’il recommençait à réclamer chaque nuit ? Et s’il faisait une régression ? Et si j’entretenais son caprice en lui donnant un biberon ?

Mais ces questions, sont-elles les nôtres ou celles de notre entourage ? Ces questions nous viendraient-elles aussi spontanément à l’esprit dans une société où un maternage plus proximal serait la norme ?

Ces questions nous seraient-elles venues, ne serait ce que 80 ou 50 ans auparavant, lorsque les familles au sens élargi partageaient leur toit, leurs sommeils, que plusieurs générations s’entremêlaient ? Car la famille nucléaire et esseulée dans son cocon telle que nous la connaissons aujourd’hui n’est finalement qu’une récente transition. De parole de grand-mère, il n’était pas rare à la naissance d’un enfant de vivre tous ensemble, de confier le nouveau-né à une aïeule qui berçait rythmiquement le landau tandis que la jeune mère se reposait. Depuis combien de générations nous complaisons nous dans un foyer familialement démembré ? Est-ce que partager un quotidien plus communautaire et plus soutenant aurait fait de nous des êtres humains plus traumatisés ou névrosés que nous ne le sommes déjà ?

La confiance en eux, la confiance en soi

Je pense pouvoir dire que depuis que je suis moi-même parent, mes principes se sont (presque) tous envolés. On oublie les batailles perdues d’avance, on choisit ses combats. Et le principal combat résidant dans la survie de mon enfant, certains dogmes sur une soit-disant autonomisation précoce ne m’on pas entièrement convaincue.

En devenant mère, j’ai avant tout appris à écouter mon instinct, à observer mon enfant, à me demander si la réponse que je lui apportais correspondait :

  • à un besoin de sa part
  • à un besoin de la mienne
  • à une réponse stéréotypée que je croyais communément attendue.

J’ai constaté que finalement, si l’on prend le temps de leur faire confiance, de se faire confiance, on retrouve un peu l’essence de notre animalité, celle qui nous guide, celle qui nous donne les réponses sans que l’on ait à trop cérébraliser. Et au final, ce sont dans ces moments où l’on est honnête avec soi, et donc honnête avec eux, que les situations les plus complexes trouvent une issue déculpabilisante, quelle que soit la forme qu’elle revêtira. Nous ne sommes pas parfaits, mais nous sommes, et nous faisons.

Alors la réponse à la grande question ? Biberon de nuit ou non ?

Alors oui, un grand oui, un oui déculpabilisant et optimiste à fond ! Ce n’est pas parce que cette nuit, cette semaine, ma fille me réclame du lait deux fois par nuit qu’elle le fera encore demain, ou même le mois prochain.

Ce n’est pas parce que cette nuit, ton fils appelle au secours pour la neuvième fois qu’il restera toute sa vie un individu totalement dépendant de toi.

Ce n’est pas parce qu’un soir, après une attaque fulgurante du dragon caché sous le lit, nous dormons pelotonnés sous la couette, que notre enfant réitérera l’expérience à tout bout de chant.

Et puis soyons honnête, connait-on réellement un enfant de 12 ans qui ne s’endormirait que dans les bras de ses parents ? Et quand bien même, cela serait-il réellement nuisible, ou grave, pour qui que ce soit ?

Alors lâchons prise, acceptons leur peurs, donnons leur l’attention et la douceur dont ils ont besoin, et offrons leur le luxe de croire que l’autre peut-être bienveillant. Ils n’en grandiront que plus sereinement !

Ce billet parentalité inattendu vous a été généreusement offert par la compagnie des nuits pourries !

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24 réflexions au sujet de « La grande question du sevrage nocturne… Et de la régression ! »

  1. Je fais partie de celles qui jugent qu’à partir du moment où bébé fait ses nuits, on ne lui redonne pas de bib / sein. J’aurais trop peur qu’il en prenne l’habitude ! Je ne sais pas si c’est la cause ou la conséquence, en tout cas je n’ai jamais eu de longues périodes d’insomnie !

    1. « De celles qui jugent », mince alors 😉 !
      Je ne pense pas que le risque de prendre de bonnes ou mauvaises habitudes soit très important, mais évidemment cela dépend de chaque enfant ! De mon expérience, quand mes filles expriment un besoin (ou une envie, mais chercher à savoir s’il s’agit de l’un ou de l’autre est-il vraiment productif 🙂 ?), cela ne dure que… Le moment où elles ressentent ce besoin/envie. Et dès que la phase est passée, tout roule ! Un peu comme nous en tant qu’adultes cela dit… Parfois nous sommes fatigués un soir, et nous avons envie de dîner de plaid et de chocolat, mais est-ce pour autant que nous le referons tous les soirs ? Rien n’est certain ;).
      En tous cas, c’est top d’avoir des enfants dormeurs, moi j’en ai eu une sur 2, la loterie a été clémente haha ! Bises et merci d’être passée par ici.

  2. Mon plus petit se réveille toujours la nuit à 21 mois TT Je devrai peut être lui filer un bib’ la prochaine fois…ah non, lui il n’en veut plus en journée non plus. Du coup, autre question, quand arrêter le lait?
    Mais je vais peut-être li filer un sandwich, on sait jamais, sur un malentendu.
    Et sinon, quand est-ce qu’on dort?

    1. Quand est-ce qu’on dort ? Quand on sera morts haha ! Juste pour l’histoire, mon ainée a refusé le lait vers 1 an, puis finalement grosse rechute vers 2 ans, et elle kiffe hehe ! Pas de règles, pas de norme, ils ont leurs goûts et leurs humeurs comme nous je crois… Bises et courage !

  3. Hello ! Je suis tombée sur ton article en croyant lire quelque chose sur le sevrage (je suis en pleine hésitation en ce moment pour ma petite fille de 1 an). Eh bien, ce n’est pas le sujet, mais c’est une bonne surprise : cet article est très réconfortant en cette semaine marquée par les nuits pourries et les nombreux réveils… alors merci 🙂 je vais continuer à me rendormir en allaitant mon enfant malade dans mon lit, et attendre de réduire un peu ma dette de sommeil avant de repenser à mes plans de sevrage !

  4. La conclusion m’a fait beaucoup rire en tout cas 😉 . J’avoue que ce qui me retient au niveau des biberons de nuit c’est que mon dernier adore jouer avec ses biberons après la tétée. Impossible de lui retirer. Et là j’ai un peu peur pour ses dents. En fait rien à voir avec le principe du truc 😉

    1. Effectivement s’il le garde comme « doudou à tétouiller » toute la nuit, ce n’est peut-être pas l’idéal… Difficile de trouver l’équilibre entre bienveillance et le moment où l’on doit également leur retirer ce qui les rassure, pour leur bien !

  5. Tellement vrai et bienveillant envers les parents. J’ai l’impression que notre génération, en faisant des enfants par choix (le plus souvent), par désir fou même parfois, doit faire face à une pression démesurée. Une sorte de retour en force de l’image de « labonne mère mère », des « bons gestes ». Sous prétextes de ne plus être soumis aux mêmes diktats que nos mamans ou nos aïeuls, nous avons créé nos propres préceptes, que nous intériorisons et qui parfois, sont si invisibles qu’ils nous poussent à nous entêter dans des choix que l’on croit de bon sens.
    Alors que le bon sens est toujours d’observer son enfant.
    De se répéter qu’un parent épanoui, ou qui lâche prise, fera un enfant sécure et donc, bientôt autonome.
    Quelle aventure :))))

  6. Pour moi l’élément le plus difficile dans la parentalité c’est ce manque de sommeil. Pour mon ainée et la 3ème j’ai eu la chance d’avoir des bébés faciles et qui dormaient beaucoup. Mais les 2 autres……. c’était dur. La seule chose qui les apaisait c’était le sein. Rien d’autre. J’ai donc passé de nombreuses nuits tétées en cododo pour réussir à me reposer un peu et ne pas sombrer pendant la journée avec les autres. Et maintenant ils ont tous entre 8 et 3 ans et dorment dans leur lit, toute la nuit sans soucis! Merci pour ce bel article déculpabilisant .

  7. La pédiatre de notre fille de 9 mois nous a lourdement conseillé de ne plus donner de lait avant le coucher à cause du « syndrome du biberon de lait » qui provoquerait des carries. Autant dire que le biberon de lait pour calmer bébé la nuit est inacceptable pour elle!!
    Je la trouve un peu rigide la dessus mais nous avons décidé d’écouter ses conseils. Nous passons donc 30 à 90 minutes au lieu de 5 minutes tous les soirs à côté du lit de notre petite pour accompagner le sommeil en douceur sans ce biberon de lait magique. Les rares nuits où elle se réveille nous nous prenons la tête pour la rendormir. Eh oui, quand nous mettons 90 minutes à l’endormir, nous n’avons aucune envie d’y retourner. Nos répertoires de chansons sont vus et revus, nous avons raconté tous les détails de la journée à venir et même de l’année qui vient de s’écouler, nous ne supportons plus le son des boîtes à musique ni celui des jolis amis en peluches…Bref, après les réveils nocturnes, c’est notre couple qui a du mal à émerger, le moindre mot sonne faux, est un prétexte à se plaindre de notre nuit, à expulser une crise de nerf, une sorte de mini burn out.
    Alors nous sommes très heureux que notre petite dorme si bien, si souvent, si longtemps. Nous comprenons aussi les biberons de lait nocturnes, les cododos, les autres tentatives des parents en manque de sommeil, tant que bébé est bien-traité, bien accompagné dans le sommeil.
    p.s: si on peut remplacer le lait par de l’eau, les dents ne craignent plus carries!

    1. Je ne sais que trop ce que sont ces insomnies et cet épuisement, et les résonances sur notre vie, mais également sur notre vie de couple. Je pense que malheureusement, nous n’avons souvent pas le choix, nous pouvons essayer de les accompagner au mieux, mais il y a tellement de facteurs que nous ne maîtrisons pas ! Alors je comprends tout à fait ta pédiatre, je pense que tenir un discours alerté hygieno-diététique est essentiel pour accompagner les parents. Mais je pense aussi que se tenir « mordicus » à des préceptes ne fatigue… Que nous au final 😉.
      Je te remercie pour ce témoignage, et j’espère sincèrement que tu vas bien, car malgré la fatigue et les questionnements… C’est quand même une sacrée aventure que de devenir parents !

  8. Alors je suis entièrement d’avec toi. Mais j’ajouterai aussi que s’il faut savoir écouter son enfant, il faut aussi savoir s’ecouter Soi même. Pas les injonctions hein juste nous. Et quand on en peut plus de fatigue on a aussi le droit de dire stop.

    1. Je pense souvent à la métaphore de l’avion… Quand on nous dit qu’en cas de dépressurisation il nous faut mettre notre masque avant d’aider les autres… C’est peut-être peu glamour mais je me le dis souvent au quotidien : si on veut pouvoir être présent pour les autres, il faut savoir avant tout se préserver. Merci beaucoup d’être passée par ici cela me touche énormément !

  9. J’ai eu le même souci avec le Lapin. A un moment, le seul moyen pour qu’il se rendorme -dans notre lit- était un biberon. Après, j’ai résisté un peu et il a pu se rendormir sans. Le souci du bibi de nuit, c’est les caries. Mais bon, à un certain stade de fatigue, les caries, tu t’en fous !

    1. Les caries… Je n’y avais même pas pensé… Cela dit pour nous c’est une rechute relativement récente. À voir si ça perdure mais je suis certaine que ça La ferait marrer de se laver les dents à 3h du mat !!!

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